Une sauce, un bouillon, un dessert ou même une garniture peuvent cacher un allergène. Au restaurant, vous avez pourtant le droit d’accéder à une information écrite sur les ingrédients concernés. Voici ce que la réglementation impose réellement en France en 2026, les 14 familles à connaître et les bons réflexes pour commander plus sereinement.
Ce guide informe sur le cadre général applicable en France. Il ne remplace ni un avis médical personnalisé, ni les consignes de votre allergologue.
Ce que la loi impose vraiment au restaurant
Le règlement européen n° 1169/2011, souvent appelé « règlement INCO », rend obligatoire l’information sur les substances ou produits provoquant des allergies ou des intolérances. En France, le décret n° 2015-447 précise son application aux repas servis dans les restaurants, cantines et autres établissements de restauration.
Lorsqu’un allergène de la liste réglementaire a été volontairement utilisé dans la préparation et reste présent dans le plat fini, même sous une forme transformée, son consommateur doit pouvoir l’identifier. L’information doit être écrite, lisible et visible dans les lieux où le public est admis. Si elle se trouve dans un document séparé, les modalités permettant de le consulter doivent être indiquées clairement et l’accès doit être direct et gratuit.
À retenir : une réponse orale du serveur peut compléter l’échange, mais elle ne remplace pas à elle seule le support écrit prévu par la réglementation française.
Le restaurateur reste libre de la présentation : mentions directement sur la carte, tableau affiché, fiche ou classeur consultable, par exemple. Les pictogrammes sont pratiques, mais aucun modèle graphique unique n’est imposé.
La liste des 14 allergènes à déclaration obligatoire
La réglementation ne vise pas quatorze aliments isolés, mais quatorze familles. Certaines comportent plusieurs produits et des exceptions techniques précises. Voici la liste officielle, accompagnée d’exemples fréquents au restaurant.
- Céréales contenant du gluten : blé, seigle, orge, avoine, épeautre, kamut ou leurs souches hybridées. On les retrouve notamment dans le pain, les pâtes, les panures, certaines sauces épaissies et la bière.
- Crustacés : crevettes, crabe, homard, langoustines, bisques et fonds de crustacés.
- Œufs : mayonnaise, pâtes fraîches, quiches, certaines panures, sauces et nombreux desserts.
- Poissons : poisson lui-même, fumets, anchois dans certaines sauces, brandades ou préparations asiatiques.
- Arachides : cacahuètes, pâte ou huile d’arachide, sauces satay et certaines cuisines du monde.
- Soja : sauce soja, tofu, edamame, miso et ingrédients dérivés utilisés dans de nombreux produits préparés.
- Lait, y compris le lactose : beurre, crème, fromage, béchamel, purées, glaces et pâtisseries.
- Fruits à coque : amandes, noisettes, noix, noix de cajou, noix de pécan, noix du Brésil, pistaches et noix de macadamia. Attention notamment au pesto, au praliné et aux desserts.
- Céleri : branche ou rave, mais aussi bouillons, soupes, jus et fonds de sauce.
- Moutarde : moutarde de table, vinaigrettes, marinades, mayonnaise et sauces.
- Graines de sésame : pains, tahini, houmous, gomasio et huiles ou sauces au sésame.
- Anhydride sulfureux et sulfites au-delà de 10 mg/kg ou 10 mg/l exprimés en SO₂ : notamment vins, certains fruits secs, condiments et préparations transformées.
- Lupin : farine ou graines de lupin, parfois présentes dans des pains, pâtisseries et recettes sans gluten.
- Mollusques : moules, huîtres, coquilles Saint-Jacques, escargots, calamars et poulpes.

Bon à savoir : l’annexe II du règlement européen prévoit quelques exclusions très précises pour certains dérivés dont le potentiel allergène a été écarté. En pratique, fiez-vous au document d’information du restaurant et posez une question dès que la composition n’est pas claire.
Où l’information doit-elle apparaître ?
Les allergènes peuvent être indiqués directement à côté de chaque plat sur la carte. Le restaurant peut aussi afficher un tableau ou tenir à disposition un document dédié. Dans ce dernier cas, une mention visible doit vous indiquer où et comment le consulter, sans frais et sans parcours compliqué.
Un support numérique peut faciliter la mise à jour de l’information, à condition que l’accès reste réellement direct et gratuit pour le client. Si un QR code ne fonctionne pas ou si vous ne pouvez pas le consulter, demandez le support écrit disponible dans l’établissement.
Vos droits sur place, à emporter et en livraison
Au restaurant
Vous pouvez demander à consulter l’information écrite avant de choisir. Si le personnel ne sait pas répondre immédiatement, il doit pouvoir vous orienter vers le document prévu. Une mention générale du type « demandez à votre serveur » ne suffit pas si aucune information écrite n’est ensuite accessible.
À emporter
Les plats non préemballés vendus au comptoir restent concernés. Pour un produit déjà emballé avant votre choix, les règles d’étiquetage des denrées préemballées s’appliquent et les allergènes doivent ressortir clairement dans la liste des ingrédients.
Sur un site ou une application de livraison
Pour une vente à distance, les informations obligatoires sur les allergènes doivent être disponibles avant la conclusion de l’achat, puis au moment de la livraison. Autrement dit, vous devez pouvoir vous renseigner avant de payer, pas seulement à l’ouverture du sac.

Ce que le restaurant n’est pas obligé de faire
L’obligation d’information ne signifie pas qu’un établissement doit pouvoir adapter chaque recette, créer un plat sur mesure ou garantir un environnement totalement exempt d’allergènes. Une petite cuisine, une friteuse partagée ou un plan de travail commun peuvent rendre la maîtrise du risque difficile.
Un professionnel peut donc vous expliquer qu’il ne peut pas servir un plat en toute sécurité. Cette réponse, même décevante, est préférable à une promesse imprudente. En revanche, le restaurant ne doit pas présenter comme sûr un plat dont il ignore la composition ou les conditions de préparation.
Traces et contamination croisée : la nuance essentielle
La déclaration obligatoire vise d’abord les allergènes incorporés volontairement dans la recette et encore présents dans le produit fini. Une contamination croisée correspond, elle, à une présence involontaire : huile de friture partagée, couteau mal nettoyé, farine en suspension ou planche utilisée pour plusieurs préparations.
Les mentions préventives comme « peut contenir des traces de… » concernent ce risque accidentel. Elles ne devraient être utilisées qu’après évaluation du risque et mise en place de mesures de prévention ; elles ne sont pas censées remplacer de bonnes pratiques d’hygiène ou servir d’avertissement automatique sur toute la carte.

Allergie, intolérance et « sans gluten » : ne pas tout confondre
Une allergie alimentaire implique le système immunitaire et peut provoquer une réaction grave, parfois avec une quantité minime. Une intolérance suit un autre mécanisme et ses effets dépendent souvent de la dose. La maladie cœliaque est une maladie auto-immune déclenchée par le gluten : ce n’est ni une allergie classique, ni une simple préférence alimentaire.
Sur le plan réglementaire, la famille à déclarer est celle des céréales contenant du gluten. La mention volontaire « sans gluten » obéit à une autre règle européenne : elle ne peut être utilisée que si la teneur en gluten ne dépasse pas 20 mg/kg. Un plat naturellement dépourvu de blé peut malgré tout être exposé à une contamination en cuisine ; demandez donc toujours quelles précautions sont possibles.
Les bons réflexes avant de commander
- Prévenez dès la réservation si votre allergie est sévère, puis répétez l’information à votre arrivée.
- Nommez précisément l’allergène et le niveau de risque ; « je ne mange pas de lait » est moins clair que « je suis allergique aux protéines de lait ».
- Consultez l’information écrite et demandez aussi comment le plat est préparé, surtout en cas de risque de contamination croisée.
- Privilégiez les recettes simples si l’équipe hésite sur une sauce, un bouillon, une marinade ou une garniture.
- Ne déduisez pas l’absence d’un allergène d’une autre mention : « vegan » ne garantit pas l’absence de fruits à coque ou de soja ; « sans lactose » ne signifie pas forcément sans protéines de lait.
- Gardez sur vous le traitement prescrit et suivez le plan établi avec votre médecin.
Que faire en cas de réaction au restaurant ?
Arrêtez de manger et prévenez immédiatement les personnes autour de vous. En cas de signes sévères — difficulté à respirer, malaise, gonflement important, atteinte rapide de plusieurs organes — utilisez l’auto-injecteur d’adrénaline s’il vous a été prescrit, conformément à votre plan d’urgence, puis appelez le 15 ou le 112. N’attendez pas que les symptômes s’aggravent. Une surveillance médicale est nécessaire après l’injection.
Pour toute situation moins évidente, suivez les consignes données par votre médecin et contactez un professionnel de santé. Un article en ligne ne permet pas d’évaluer une urgence individuelle.
En résumé
- Quatorze familles d’allergènes doivent être déclarées lorsqu’elles sont volontairement utilisées et présentes dans le plat.
- Au restaurant, l’information doit être écrite, lisible et directement accessible gratuitement.
- En vente à distance, elle doit être disponible avant l’achat puis à la livraison.
- Les traces accidentelles et les ingrédients volontairement ajoutés ne relèvent pas exactement de la même logique.
- Pour une allergie sévère, le dialogue avec l’établissement et le respect de votre plan médical restent indispensables.
Sources officielles
- Règlement (UE) n° 1169/2011 concernant l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires.
- Décret n° 2015-447 du 17 avril 2015 relatif à l’information des consommateurs sur les allergènes et les denrées non préemballées.
- DGCCRF — obligations d’information des restaurateurs.
- DGCCRF — dépliant sur les allergènes alimentaires.
- Règlement d’exécution (UE) n° 828/2014 sur les mentions relatives au gluten.
- Assurance Maladie — conduite à tenir en cas d’allergie alimentaire.